Sur le chemin de l’humanisation des rites de veuvage


Il n’est pas facile de trouver des mots à dire ou des choses à faire pour une personne qui vient de perdre un proche. Quand il s’agit d’une femme qui perd son mari, c’est encore plus difficile, car c’est un lien si fort qui est brisé.

Au Cameroun, lorsqu’une femme perd son mari, elle passe une période qui varie entre 3 jours et 9 semaines, une période où elle doit passer par une série de rituels et des pratiques, non seulement pour pleurer son mari perdu, mais souvent décrite comme un signe qu’elle n’a rien à voir avec la mort de son mari. Selon des régions, ces pratiques consistent à marcher pieds nu, dormir sur le sol, manger sur la même assiette qui n’est jamais lavée pendant toute la période, ne jamais avoir sa douche intime, s’asseoir près du corps du défunt ou même parfois passer une nuit avec, prendre une douche en public, stimuler les rapports sexuels en public, et tant d’autres violences physiques et psychologiques.

Un dessin demontrant quelques pratiques qui se font lors des rites de veuvage

La vraie signification derrière cette pratique

Malgré les différents aspects de ces pratiques qui ne respectent pas les droits de la femme et son intégrité, comme toute culture, les rites de veuvages ont une signification très importante.

  • La neutralisation de la mort

C’est avec le visage à la douleur de la séparation que les rites de veuvage prennent sens. La femme plongée dans la détresse y puise la force de nouer une relation nouvelle avec son mari qui vit maintenant à une autre échelle. Avec les rites, la mort est neutralisée.

  • La reintegration de la veuve

Par la neutralisation de la mort, ces rites montrent comment la vie continue malgré la disparition du mari. On incite la veuve à redécouvrir ce sens par une nouvelle insertion dans la famille qui est la sienne, la famille même de son mari.

  • L’ esthétique de la vie

Les danses et toute les cérémonies, les tenues, les gestes et plusieurs autres actes montraient que malgré la mort, l’esthétique de la vie l’emportait.

 

Comment ça se fait

Les rites de veuvage ont quatre phases : L’isolement, la purification, la réintégration et la libération. L’isolement correspond à la période pendant laquelle la veuve médite sur le temps passé avec son mari et crée une relation spirituelle pour lui faire son adieu. Elle reste enfermée, ne parle pas à personne, dort au sol, ne doit pas se laver encore moins changer de vêtement.

Pendant la purification, à travers des différents rites, la veuve se débarrasse de toutes formes de malédiction. Un de ces rites est une douche que la veuve fait dans la porcherie ou dans un marigot.

Pendant la réintégration, la veuve s’initie aux actes de la vie courante, marquant ainsi le commencement de la nouvelle vie qui se présente devant elle.

Dernièrement, la phase de libération consiste aux différents rites libérant la veuve des contraintes du deuil. Ainsi la veuve doit se débarrasser de sa canne de veuvage soit lors d’un prochain deuil au village, soit au marché. Parfois elle doit avoir des rapports sexuels avec un home de sa belle-famille pour pouvoir continuer sa nouvelle vie.

« Mon mari est décédé en 1991. Durant ma période des rites de veuvage, je dormais par terre. Je mangeais toujours avec des mains sales, et je me réveillais toujours à 4 heures du matin pour chanter un chant de deuil. Certaines personnes disaient que j’étais folle. Ce qui était pire, c’est que lorsqu’une femme perdait son mari, d’autres veuves voulaient qu’elle souffre comme elles avaient souffert »- Efragile

 

L’humanisation

Depuis Janvier 2015, CIPCRE (Cercle international pour la promotion de la création), une organisation camerounaise, avec le soutien de l’Union européenne et d’autres partenaires, a lancé un projet visant à contribuer à l’humanisation des rites de veuvage dans 8 régions du Cameroun.

Le projet consistait de différents ateliers de sensibilisation des autorités administratives et des chefs traditionnels visant élaboration et la mise en application d’un code coutumier, qui offrirait une meilleure façon de faire les rites de veuvage tout en respectant les droits des veuves. Après cela, il y a eu des campagnes pour la population sur les dérives des rites de veuvage et le projet d’humanisation.

Ce code coutumier édicte l’ensemble des règles pratiques en matière de rites de veuvage dans chaque groupement. Des associations de veuves ont également été formées et reçu un soutien, enfin d’aider à mieux défendre leurs intérêts individuellemnt et collectivement.

Des exemplaires du code coutumiers

Comme résultat, le nouveau code a porté la période des mois à une période variant de 4 à seulement 9 jours maximum. Il veille également à ce que les droits de la femme soient toujours respectés pendant ce temps, où la veuve peut maintenant se doucher, manger ce qu’elle veut…Toutes les privations qui s’imposent à la veuve sont symboliques, et elle doit être traité dans le strict respect de sa dignité.

« A cause du code coutumiers, ma période des rites de veuvage s’est très bien passée, et je ne me suis jamais senti menacée. Après, je suis entrée dans cette association. Mais parce que nous étions tous veuves, les gens nous méprisaient. CIPCRE nous a ensuite aidés à créer un jardin de Gombo, et jusqu’à présent, nous avons tout un hectare, que nous sommes actuellement en train de récolter. » – Thérese

Ce qui m’a le plus touché dans ce projet, c’est la façon dont il a réussi à trouver une solution qui à la fois maintient les valeurs de la culture tout en respectant les droits des femmes, et combien cela fonctionne parfaitement.

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