Mme / Mlle non-chômeuse


Le 08 Mars de chaque année, le monde célébre les femmes, leurs réalisations et leurs succès. Mais selon les Nations Unies c’est également un jour pour réfléchir aux droits des femmes et leur autonomisation en créant un espace qui leur donne accès à des opportunités pour travailler.

J’ai grandi dans un milieu culturel qui privait les femmes d’accès à l’emploi, les rendant financièrement et économiquement dépendantes des hommes. Une telle culture rend les femmes encore plus vulnérables à la violation de leurs droits en raison d’une telle dépendance et elles sont donc incapables de s’auto-développer.

Comme je voyage dans différents pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre pour le programme Faces2Hearts, je rencontre de nombreux projets dont l’objectif est de rendre les femmes autosuffisantes, de les former à différents métiers et de leur donner un emploi pour elles-mêmes et leur société en général.

Je veux vous parler d’un projet que j’ai visité il y a une semaine en Côte d’Ivoire : PROFORME (Programme d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Insertion des jeunes en Côte d’Ivoire). Il a été mis en œuvre par l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et est financé par l’Union Européenne. Lorsque le projet a démarré, il avait une mission unique d’assurer l’intégration professionnelle de 2 500 jeunes et de 2 500 ex-combattants, dans le but de leur réintégration durable dans la vie socio-économique en Côte d’Ivoire. Cela se fait principalement à travers la formation professionnelle et la création de centres de formation dans le pays. 7 cohortes d’entrainement ont été réalisées depuis novembre 2012 jusqu’en mars 2017 et c’est à la 8ème cohorte que la magie s’est produite.

Pour la 8ème cohorte de formation, le but du projet a été légèrement modifié. La formation concerne l’agriculture et l’élevage mais l’accent a été mis sur les femmes. Lancée en septembre 2017 et toujours en activité, cette cohorte compte 72% de femmes formées aux techniques agricoles professionnelles telles que le manioc, le piment, l’aubergine, la banane et l’aviculture.

 

 

Les femmes membres de differents groupe au travail

 

4 fermes scolaires ont été créées dans 4 villages de la région de Dabou et dans chaque école, les femmes apprennent des techniques comme cultiver la terre, augmenter la récolte dans les champs, gérer la production, faisant plus de l’agriculture une affaire rentable. Certaines de ces femmes ont déjà cultivé auparavant mais cela a été une toute nouvelle expérience pour elles, comme je peux le dire à partir de leurs témoignages :

Pendant la formation, les bénéficiaires apprennent des techniques qui sont utilisées pour s’assurer que le rendement soit au maximum

 

« Faire partie de ce programme m’a été très utile. Avant, je cultivais du manioc. Puis j’ai dû quitter mon village et déménager à Dabou laissant mes cultures derrière moi. Quand j’ai rejoint ce groupe, j’ai gagné l’espoir que je puisse à nouveau cultiver. J’ai appris des techniques dont je n’avais jamais entendu parler, par exemple comment préparer des lits de semence. Je me sens très motivé et je vais bientôt commencer à recultiver dans mon jardin dans le but d’en faire une véritable entreprise. » dit Beugré.

« En plus d’apprendre de nouvelles choses, j’aime la façon dont nous sommes formés pour travailler en groupe. Cela rend le travail moins facile et moins fatiguant, mais plus efficace que si je travaillais seul. Grâce aux compétences que j’ai acquises ici, j’ai pu rénover mon domaine à la maison », comme l’explique Esmel, l’une des stagiaires.

Beugré et Esmel

Un autre groupe est formé à l’aviculture. Je suis arrivé au moment des cours, et j’ai été surpris par le niveau technique des compétences qu’ils apprenaient. Cela ressemblait presque à des mathématiques. Les femmes, avec leurs collègues masculins, apprenaient différentes techniques de préparation de l’espace agricole pour la volaille, de calcul de la quantité de nourriture etc.

le poulailler qui sert de ferme-école

 

les bénéficiaires pendant la formation

« La principale raison qui m’a poussé à venir apprendre l’élevage de volaille était mon intérêt culinaire pour la volaille. Avec les cours qui sont donnés ici, je savais que cela allait m’aider pour développer mon activité, gagner un revenu et devenir autonome. Je n’oublierai jamais le jour où les premiers poussins sont arrivés. Je me sentais très bien et je savais que ça allait devenir mon affaire à partir de ce jour » – dit Lath Hylane.

« Beaucoup de femmes ici ne s’intéressent pas à la volaille. Pourtant, le poulet est très consommé en Côte d’Ivoire, ce qui prouve que c’est une affaire sûre. Une fois que j’aurai terminé la formation, j’aimerais démarrer une entreprise de vente de poulet, et je serais ainsi capable de gagner de l’argent pour payer les frais de scolarité de mes enfants. » – dit Tede Thérèse.

Lath Hylane et Thérèse

J’étais très curieux de savoir ce qui se passerait une fois la formation terminée. Mais on m’a dit qu’en plus des cours de techniques agricoles et avicoles, les bénéficiaires reçoivent des cours sur la gestion financière, le marketing, la comptabilité et la gestion coopérative qui leur permettront de créer des groupes avicoles dans leurs villages respectifs. Ces regroupements intégreront par la suite les coopératives qui seront mises en place dans les prochaines semaines afin de mieux organiser la commercialisation de la production de ces formations.

Un monde qui respecte les droits des femmes est un monde qui garantit leur accès à l’emploi, le seul moyen pour les femmes de se développer financièrement et, bien sûr, de contribuer à l’économie de leur famille et de leur société. Je suis assez optimiste pour le futur avec des initiatives comme celle-ci en train d’être mise en place.

 

 

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